Concarneau et Douarnenez furent historiquement les principaux centres régionaux de l'industrie sardinière. Au début de XVIIIème siècle, Douarnenez se trouve en pleine prospérité, d'autant qu'elle obtient une exemption de gabelle pour ses sardines préparées en presse.

 

Mêlés à une forte proportion de sel, les poissons marinent une quinzaine de jours dans une cuve et rendent leur eau. Ils sont ensuite rangés en cercle dans des barils et pressés, un traitement qui leur assure une conservation de deux années. L'huile récupérée peut alors servir au traitement des peaux ou même à l'éclairage. Utilisé dans les familles populaires, ce combustible dégage des odeurs indésirables. En 1785, Douarnenez compte près de 400 barques sardinières produisant, chaque année, 35.000 barils de 150 livres préparés dans 80 presses.

 

Révolution du fer-blanc et révolte des ouvriers "boitiers"

Au XIXème siècle, Concarneau comme Douarnenez ne rateront pas la révolution industrielle que représente la conserve en fer-blanc. Mais, de 1880 à 1887, la sardine déserte le littoral breton ce qui provoque une première crise et plusieurs fermetures d'usines dans tous les ports. Ce répit profite aux conserveries portugaises où les industriels bretons ont déjà investi. 

Le poisson est une nouvelle fois absent en 1902 et 1903, mais la crise la plus profonde se situe de 1904 à 1907, semant la misère. A Concarneau, on signale des émeutes en 1906 et plusieurs marins s'en vont chercher du travail ailleurs. Cette crise suscitera à Concarneau la création de la Fête des Filets bleus qui visait à aider les pêcheurs en difficulté. Comlme à Groix, la crise encouragera un report sur la pêche au thon.

Après la reprise, l'industrie se modernise. En 1909, les usiniers de Concarneau s'équipent en sertisseuses, ce qui met en péril l'emploi de 400 ouvriers "boitiers". A partir du 29 juin, c'est la révolte soutenue par les pêcheurs. Une usine est dévastée et toutes les machines "tueuses d'emploi" sont détruites. Un répit qui ne changera rien à l'évoution générale.

 

Techniques ancestrales

 

Les pêcheurs évoluent plus lentement que l'industrie terrestre. Les barques naviguent en zone côtière dans les baies de Concarneau et de Douarnenez. A Concarneau, à la fin du XIXème siècle, 500 barques effectuent une sortie par jour, utilisant des techniques ancestrales. En pêche, au petit matin, le navire avance le nez au vent, traînant un filet de 20 mètres de long sur 7 de chute retenu par des flotteurs. Le patron jette de temps en temps de la rogue, un appât couteux constitué d'oeufs de morue importés de Norvège. Puis, si le poisson se manifeste, on jette de l'appât du côté du filet où la sardine est la moins abondante. Celle-ci vient se prendre les ouïes dans les mailles. 

 

La senne, la nuit

Les pêcheurs resteront très tard attachés à la technique de l'appât. Utilisée par les Portugais, la senne tournante est refusée par la France où une interdiction est prise en 1888, une mesure qui persistera jusqu'en 1925. La pénurie de rogue durant la première Guerre Mondiale jouera finalement en faveur de la senne. C'est une technique de nuit utilisée, aujourd'hui, par les sardiniers bretons sous le nom de "bolinche", un filet de 120 à 250 m de long sur 50 m de chute qui enserre le banc et se ferme comme un entonoir.

 

Jacques Le Meur