_DSC4311

Les Amis du Musée de la pêche au coeur du Musée océanographique de l'Odet, en mai 2017

 

La journée passée, le samedi 6 mai 2017, par les Amis du Musée de la pêche (Concarneau) à Odet, à l’invitation de Vincent Bolloré, président de Bolloré Technologies, nous incite à tracer le portrait d’une personnalité liée à la fois à Concarneau, à la mer et aux papeteries Bolloré installées sur la commune d'Ergué-Gabéric (29): le Docteur Jean-René Bolloré (1818-1881)

 

Le père de Jean-René Bolloré était patron de pêche à Douarnenez, mais, bien que tous deux soient nés à Quimper, ils comptaient derrière eux au moins cinq générations de Concarnois. Jean-René Bolloré naît en 1818  Au décès de sa mère, son père se remarie, et le jeune garçon aura trois sœurs. En 1837, il est reçu bachelier ès lettres au mois d’août. Le moment de choisir une carrière est arrivé. Le jeune homme est attiré par la médecine, mais les moyens de son père, maître de barque, ne lui permettent pas de suivre ces études alors centralisées à Paris. En septembre, il entre donc à l’école de Médecine navale de Brest pour devenir chirurgien, des études plus courtes. C’est à Brest qu’il apprend le 29 décembre le décès de sa belle-mère. Il se précipite à Douarnenez, mais il n’arrive que pour recevoir le dernier souffle de son père. Celui-ci n’avait que quarante-cinq ans mais il était usé par le travail et par son double veuvage.

 

A bord de la frégate Amazone

 

Jean-René est maintenant soutien de famille. Heureusement, un oncle maternel, Monsieur Belbeoc’h, l’encourage à poursuivre ses études et il repart pour Brest. La nécessité redouble son assiduité : en juillet 1838 il est, parmi les huit candidats, l’un des deux qui obtiennent une place d’élève interne en 1° année, et en octobre il remporte devant dix-sept  élèves de 2° ou 3° années la seule place de chirurgien mise au concours. C’est donc un chirurgien de 3° classe de moins de vingt et un ans qui embarque en 1839 sur la frégate Amazone. Pendant trois ans, celle-ci croise en Méditerranée. Le jeune homme exerce sous le contrôle d’un chirurgien-major de 1° classe et d’un chirurgien auxiliaire de 2° classe. Il pose son sac à l’hôpital maritime de Toulon en janvier 1842. Le cursus des chirurgiens suppose qu’ils s’exercent aux préparations anatomiques, mais, quelques semaines après son arrivée, il apprend qu’un concours de chirurgien de 2° classe est ouvert à Brest. Il obtient de s’y rendre à ses frais, et après avoir travaillé jour et nuit, il est reçu chirurgien de 2° classe en mai.

 

Médecin chez les ouvriers du port de Rochefort

 

Dans ce grade il est d’abord chargé des fonctions administratives à l’hôpital de Rochefort, une affectation que l’on appelle la prévôté. Jean-René trouve que l’hôpital de Rochefort, si célèbre au XVIII° siècle n’est plus au niveau de sa réputation  « L’extérieur de l’hôpital (…) est magnifique ; mais l’intérieur laisse beaucoup à désirer (…) Le service y est mal fait. (…) Les personnes de l’extérieur ont une entrée beaucoup trop facile à l’hôpital ; et quand même cet abus n’existerait pas, elles peuvent communiquer avec les malades, à travers un simple grillage en fer, ce qui occasionne souvent des excès en vivres et en boissons. » En novembre, on lui confie un service de quartiers «  Ce service consiste à faire de la médecine civile chez les ouvriers du port ; on consacre ses soins à tous les membres de leurs familles. (…) C’est assez instructif pour le jeune chirurgien, en ce sens qu’il a souvent à traiter les maladies des femmes et des enfants. »

 

Une campagne de 40 mois vers la Chine

 

A Rochefort, il peut rêver de voyages au jardin public, où l’on acclimate les plantes exotiques qui seront envoyées au Jardin des Plantes de Paris ; il  rêve aussi d’amour, puisqu’il a laissé à Quimper une fiancée, sa cousine Elisa. Enfin chirurgien-major, il embarque en janvier 1843 pour une campagne de quarante mois à destination de la Chine. L’Alcmène est une corvette de 32 canons, à l’équipage de 240 hommes. Comme il l’avait fait sur l’Amazone, il tient son Journal de Bord, ce à quoi tousles jeunes chirurgiens sont incités par leurs enseignants[1]. Les annotations sur la navigation et les lieux pittoresques visités y alternent avec les observations médicales. L’adage selon lequel la maladie est plus à craindre sur un navire de guerre que le combat y est bien confirmé : typhoïde, pneumonies, dysenterie, méningite, tétanos, scorbut, maladies vénériennes …  En moyenne, un dixième de l’équipage est immobilisé chaque mois. Cinq hommes d’équipage se sont noyés.

 

A la tête des Papeteries de l'Odet

 

Au retour de cette navigation Jean-René épouse sa cousine Elisa , et il  repasse (à trente ans !)un baccalauréat, en sciences physiques cette fois-ci, afin de bénéficier de la disposition qui autorise les chirurgiens de marine à présenter une thèse de médecine en faculté : celle-ci porte sur les nécessaires mesures d’hygiène lors des accouchements, souvenir probablement de son service auprès des familles d’ouvriers de l’arsenal. Il est donc reçu docteur en médecine en 1850. Ce n’est que vers 1860 qu’il prend la tête des Papeteries d’Odet : celles-ci avaient été créées en 1822 (Jean-René Bolloré avait alors quatre ans !) par Nicolas Le Marié, avec l’appui de son beau-frère Guillaume Bolloré, le père d’Elisa. Au décès des deux fondateurs, le Docteur Bolloré reprit la charge de l’entreprise à la tête de laquelle il resta jusqu’à son décès en 1881. En plus de son activité industrielle il continua à soigner les plus pauvres aux souffrances desquels il avait été sensibilisé à Rochefort. Aussi laissa-t’il le souvenir d’un homme de bien.

 

Texte écrit par Anne Bolloré-Laborde

 

 [1] Le Journal de bord de Jean-René Bolloré est dans la bibliothèque d’un de ses descendants, lui-même médecin. Son contenu, accompagné de notes de Gwenn-Aël Bolloré, a été édité par celui-ci en 1979. Notre adhérente, Anne Bolloré Laborde, l’a fait réimprimer. L’AAMP en tient un petit nombre à la disposition de ses membres.