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 Le port de Lorient Keroman au début du XXème siècle (photo d'archives)

 

A la fin du XIXe siècle, le maire de Lorient offre à un ancien patron pêcheur une concession de 40 années visant à ériger une criée au port de commerce (actuel avant-port, proche du centre-ville). Le bâtiment voit le jour, mais le concessionnaire est contraint de céder la main. Cette affaire avait été lancée au moment du développement du grand chalutage. Les sociétés d'armement, comme la Compagnie Lorientaise de Chalutage, écoulent en effet leur production par leurs propres moyens, donc sans passage en criée. L'arrivée des chalutiers à vapeur qui capturent les espèces de fond, vient compenser la récession de la pêche sardinière. Lorient s'impose ainsi dans sa proche région, au détriment d'Étel, de Port-Louis et de Groix, devenant le principal marché de gros. Ces trois derniers ports fourniront la main d'oeuvre nécessaire au développement du chalutage.

 

Huit années de travaux

 

En 1927, le nouveau port de pêche de Lorient, construit sur la vasière de Keroman, est inauguré après huit années de travaux. Sa construction avait été décidée par l'État après la fin de la Grande Guerre pour contribuer au développement de l'alimentation du pays. En 1918, le commissariat à la Marine Marchande envisage en effet la création d'un grand port spécialisé analogue à ceux de pays comme la Grande-Bretagne, l'Allemagne et les Pays-Bas. Après une enquête publique, c'est Lorient qui est retenu. L'ingénieur Verrière est désigné pour concevoir un ensemble qui s'inspirera au port britannique de Grimsby et qui sera dimensionné pour un trafic de 30 000 tonnes.

 

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Début de construction du port de pêche de Lorient dans les années 20

 

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 L'ouvrage était géré par la Société du Port de Pêche de Lorient, dont le siège était à Paris. Cette mise en service donne à Lorient une impulsion qui en fera la place-forte commerciale bretonne du poisson, rang qu'elle occupe toujours aujourd'hui malgré les nombreux aléas subis par la filière de la pêche. Outre la criée et les magasins de marée, les installations comprenaient un slipway pour faciliter les réparations, et une usine à glace, très grand batiment, bel exemple de l'architecture industrielle du début du Xxe siècle (et qui sera prochainement détruit, vu son état).

 

 

En 1927, le nouveau port bénéficie du chemin de fer, qui lui offre des moyens nouveaux et rapides en termes de logistique, d'autant plus que, à l'époque, le réseau routier n'était pas d'une grande modernité. Ainsi, Lorient a pu expédier du poisson en Italie dans des convois ferrés isothermes. En 1930, la Compagnie d'Orléans (opérateur ferroviaire) et le port de Lorient organisent une visite de promotion pour 75 négociants venus de tout le pays. Déjà germe l'idée d'une publicité collective en faveur de la consommation du poisson. Au début des années 1980, le fer n'était plus utilisé mais restaient encore en place les rails et quelques wagons en bois oubliés.

 

Lorient dans l'histoire

 

Lorient fut fondé en 1666 par Colbert pour devenir le siège de la toute nouvelle Compagnie des Indes Orientales, qui se consacrera à la construction d'un port au confluent du Scorff et du Blavet. Cette base comprendra un arsenal. Les armoiries de Lorient portent sa devise : « C'est de l'Orient que lui vient son éclat ». En 1764, le pouvoir y crée le corps des ingénieurs du Génie maritime. La Compagnie ferme en 1769 pour laisser place à un port de commerce et à un arsenal royal. En 1783, Lorient devient une base de départ pour les voiliers transatlantiques. En 1785, une nouvelle Compagnie des Indes est créée, qui sera formellement supprimée le 4 août 1789 dans le cadre de l'abolition des privilèges tandis que la ville s'orthographie désormais « Lorient ».

 

 

En 1973, l'État, propriétaire du port de pêche, en confie la concession à la chambre de commerce et d'industrie du Morbihan pour 50 années. La crise de la pêche et les difficultés de gestion du port conduisent en 1992 l'État à écarter la CCI et à la remplacer par une société d'économie mixte concessionaire, la SEM de Lorient-Keroman, qui elle-même fait gérer le port par un opérateur privé, la Compagnie d'Exploitation des Ports (filiale de la Générale des Eaux). Le contrat consenti à cette dernière lui étant trop avantageux, la chambre régionale des comptes avait préconisé une simplication. Les changements de l'organisation territoriale ont conduit l'État à abandonner la propriété du port au profit de la région. Aujourd'hui, le dispositif ne comprend plus que deux niveaux, la région propriétaire et la société mixte gestionnaire, confirmant ainsi que la gestion de Keroman reste toujours sous responsabilité publique.

 

Jacques LE MEUR