Les Amis du Musée de la Pêche

03 décembre 2020

Un chasseur d'épaves s'échoue sur les roches du Cabellou

Lundi 16 janvier 1989, la nuit est claire au large de Concarneau. Une masse noire s’avance lentement. Vers 02 h 00, le De Zeespiegel, un vieux chalutier stoppe devant la complexité du balisage de l’entrée du port de Concarneau. Le patron estime qu’il est préférable d’attendre le lever du jour.

 

En remettant en avant lente, il s’est approché de la côte et l’homme de barre fait un écart qui va conduire le chalutier sur les roches à la pointe du Cabellou. En deux ou trois soubresauts, la coque reste immobilisée, l’étrave coincée dans les rochers à deux encablures du Fort. La marée descend et le bateau risque quand même de graves avaries, mais la mer est calme et le vent faible.

 

Le De Zeespiegel et ses quatre hommes d’équipage ont quitté Zeebruge en Belgique à destination du Vénézuéla, via Ténériffe aux Canaries. Ce bateau est la rencontre de deux amis, un Belge Marc Demol et un Français Gérard Daume qui, un peu lassés de vivre « la Bohême » sur leur voilier stationné aux Caraïbes, décident un jour de créer leur petite entreprise. Toutes leurs économies passent dans l’achat de ce vieux chalutier Belge amarré dans une darse du port de Zeebruge. Vingt-cinq ans d’âge et de mauvais temps sur les bancs de Flandres, vingt mètres de long et un moteur MAN de 375 CV. Pour la peinture on verra plus tard. Le but est de mettre le bateau d’abord en état, puis de l’équiper et le mettre au service de personnes désirant faire des recherches sous-marines, pas la chasse aux Trésors, mais « si on en trouve ce sera bien ». Philosophes, les marins sont un peu aventuriers et ont le goût d’une vie maritime au soleil des tropiques.

 

Il était prévu de faire une escale technique avant de descendre dans le golfe de Gascogne et le port de Concarneau avait été choisi. En cette nuit du 16 janvier 1989, c’est le Crossa d’Etel qui capte le premier appel du chalutier sans toutefois connaître sa position exacte. Mais c’est la vedette G 80 de la brigade maritime de la Gendarmerie stationnant à Concarneau qui est alertée la première et arrive à proximité du chalutier vers 03 h 00.

 

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 Le chalutier De Zeespiegel sur la riche du Cabellou à Concarneau (photo Jean-Michel Robert)

 

 

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 Le chalutier belge De Zeespiegel dans le port de Concarneau (photo Jean-Michel Robert)

 

Aucune intervention n’est possible pour le moment. La marée descend et exerce une traction sur la vieille coque qui risquerait de lui occasionner des avaries. A 09 h 00, toujours sur place, la G 80 est rejointe par la vedette des Douanes, le bateau Pilote, le remorqueur du port Cdt Van der Kemp et le zodiac des phares et balises qui va faciliter le passage d’une aussière entre l’arrière du chalutier et le remorqueur. Il n’a pas fallu attendre la pleine mer de 11 h 30. Après moins d’un quart d’heure de traction, le chalutier se dégage du plateau rocheux et se trouve traîné par l’arrière vers le large. Le temps de reprendre la remorque par l’avant et le convoi fait route vers le port ou le bateau est amarré en sécurité.

 

 

 Mais service service

 

Pour les autorités maritimes, la destination, ainsi que l’état un peu « louche » et délabré du bateau ont tout de suite attiré l’attention. Dès son accostage, une succession de contrôles vont être effectués. Le labrador renifleur des services des Douanes a fait le déplacement depuis Landerneau (29) et va passer toute la matinée à flairer les recoins du vieux bateau : rien à se mettre sous la truffe. Et hilares, les quatre marins d’ajouter :

- « Il n’a même pas trouvé les cinq kilos de graisse à frites (Belge) que nous convoyons vers l’Amérique Latine ».

- « Simple contrôle de routine", diront les d ouaniers.

 

En tout cas, l’échouage n’a provoqué aucune avarie, « c’est du solide ces coques habituées au mauvais temps de la mer du Nord ». Le De Zeespiegel  a repris sa route à destination du sud, afin de vivre « d’une manière sympa vers un endroit sympa avec des gens sympas ». Tout un programme sympa, en somme...

 

Jean-Michel Robert

 

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22 octobre 2020

Visite du Centre de formation sécurité de Concarneau

C'est exceptionnel... Une quinzaine d'adhérents de l'association des Amis du Musée de la pêche (AAMP) a pu observer, le mercredi 21 octobre 2020, un exercice feu au Centre de formation sécurité de Concarneau (29). Constuit en 1999, au Roudouic, le bâtiment en forme de navire a accueilli, en 20 ans, plusieurs milliers de marins français et étrangers. Les formateurs sont pour la plupart d'anciens marins pompiers. Passionnés par leur métier, ils peuvent passer une journée entière dans le bâtiment enfumé au fioul. L'établissement est géré par le Centre de formation continue maritime (CEFCM). Photos Rosa et Marine, de AAMP.

 

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 Seize apprentis matelots formés par le CEFCM ont participé, le mercredi 21 octobre 2020, à un excercice feu au centre de formation sécurité de Concarneau.

 

 

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Débriefing avec le formateur du centre, Olivier, ancien pompier de Paris.

 

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Fin d'un exercice éprouvant pour les apprentis matelots formés par le CEFCM. 

 

 

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28 septembre 2020

La tempête de 1930 : Les obsèques du matelot Charles Tanguy

 

4- Obsèques de Charles Tanguy (1)

 

Le jeudi 5 septembre 1930, ce sont les obsèques du matelot Charles Tanguy mot à bord du Lucie Marie. C'est le seul corps qui sera ramené à terre.

 

De la rue Colbert, domicile du défunt part le cortège, Théophile Le Maître, patron du Lucie-Marie a tenu à porter la grande croix. Les cordons du poêle sont tenus par Joseph Pascou, Henri Thiec, matelot du Aide-Toi dont le patron Ambroise Allot a disparu en mer, Salaun et  SaubanLe maire Toiray, l'administrateur de la marine Avron et tous les marins à terre sont venus témoigner et assister à la cérémonie.

"La foule en silence a descendu  la rue Dumont d'Urville, les passants se sont arrêtés sur le passage du corbillard, un silence profond plane sur la ville".

 

Le Ministre écrit au mousse

 

A bord du Lucie-Marie, le mousse est Yves-Marie Tanguy, le fils du matelot décédé et dont on vient de célébrer les obsèques. Il veillera son père jusqu'au retour du bateau à quai. Quelques jours plus tard, le Ministre de la marine marchande Louis Rollin écrira au mousse :

 " Mon cher petit Tanguy.

Je t'ai promis que nous ne t'oublierons pas et que nous veillerons sur toi et sur les tiens, je tiens ma promesse et te prie de trouver ici la somme de 5.000 francs pour toi ta maman et tes frères et soeurs.

Je t'embrasse comme le ferai pour toi ton cher papa.".

 

                                                         Quinze ans plus tard

 

Le mercredi 12 décembre 1945, le chalutier Bouboule immatriculé à Concarneau C C 2921 est en pêche au sud de Belle-Ile, quand il ramène dans son chalut une mine qui va exploser et déchiqueter le bateau projetant les six hommes d'équipage à la mer. Il y aura cinq disparus, un seul rescapé recueilli deux heures plus tard par un chalutier de Lorient, Yves-Marie Tanguy, l'ancien mousse du Lucie-Marie lors de la tempête de septembre 1930.

 

                                                         *********

Extrait du document établi par Jean-Michel ROBERT

La Tempête de 1930

1972- 2010-2020

                                                         *********

 

 Archives Ville Concarneau- Départementales-Musée de la Marine Lorient-

Journaux: Ouest-Eclair- Le Petit Breton - Le Finistère- Le Phare de la Loire- …

 

1-Lucie-Marie C C 1815- à quai- (2)

 

2- Lucie-Marie C C 1815

10 septembre 2020

Les Journées européennes du Patrimoine les 19 et 20 septembre 2020

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Les Amis du Musée de la pêche de Concarneau (29) tiendront une permanence au musée de la rue Vauban, les samedi 19 et dimanche 20 septembre 2020, de 14 h à 18 h, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. Au programme de l'association, des démonstrations de matelotage et de ramendage, des visites guidées d'une heure du chalutier Hémérica. 

 

06 septembre 2020

Le retour du Cap Bojador à Concarneau 18 ans après

2-Cap Bojador 90 et 20 (1)

 

Fin août 2020, le thonier congélateur de la CFTO (Compagnie française du thon océanique) est resté quelques nuits dans la baie de Concarneau, avant de pouvoir accéder au port. Cela faisait 18 ans qu'il ne s'était pas amarré sur un quai concarnois attirant par là-même quantité de curieux et d'admirateurs. Il doit subir quelques travaux jusqu'à la fin du mois d'octobre. Âgé de 30 ans, construit par les chantiers Piriou, le navire long de 61 mètres avait déjà débarqué un équipage à Concarneau, pour une escale technique, en octobre 2002. 

 

1-Cap Bojador 1990

 

(Photos d'archives Jean-Michel Robert)

 


30 juillet 2020

Le thonier senneur Gevred et le Guyot nommé "Coco de mer"

 

Gevred et Mervent même ,type de bateau

Le thonier senneur Mervent est du même style que le Gevred (CC291620).

 

Michel Marrec, patron du thonier senneur concarnois, le Gevred découvre, par hasard, en septembre 1984, près des Seychelles, un guyot, mont sous-marin d'origine volcanique qui sera baptisé plus tard "Coco de mer". 

 

Fin 1979, quelques senneurs français sont déjà installés dans l'océan Indien, notamment à partir des Seychelles. Le Gevred CC 291620, senneur de 47 m de l’armement CMB -dont le patron est Michel Marrec-, quitte les eaux africaines et commence la pêche à partir de Port Victoria. Fin 1983, le thonnier fait une excellente année en déchargeant 3.100 tonnes de thon. Ce qui est bien supérieur aux captures réalisées dans l'ouest africain. Il restera donc dans l'Océan Indien. Le 17 Septembre 1984, le bateau est en recherche de poisson juste au nord de l'équateur, au-delà de la zone économique des Seychelles et par 56° de longitude Est. Les veilleurs du bord signalent la présence d'un banc en surface. L'encerclement ne pose pas de problème et, pour confirmer et noter la position, le patron Michel Marrec relève la profondeur d'eau au sondeur.

 

Découverte d'un guyot

 

Quelle n'est pas sa surprise en constatant qu'un fort écho apparaît à 190 m de profondeur, alors que les fonds sont de 600 à plus de 2000 mètres. Indétectable au sondeur, ce guyot (mont sous-marin d'origine volcanique de sommet aplati), d'environ 1000 m sur 700, est totalement ignoré des pêcheurs. Il ne figurera sur les cartes qu'à la fin de 1988, une véritable tête d'épingle qui prendra le nom de Coco de mer (Position exacte : 0° 26 Nord et 56° 01 Est)Il va s'avérer que les captures à proximité de ce pic sous-marin seront bien supérieures à toutes celles réalisées dans les autres zones et obtiendra même la médaille d'or de la productivité. Tout semble suggérer qu'un tel mont sous-marin fonctionnerait comme un objet flottant inversé, un point de repère fixe autour duquel le thon, notamment, semble se regrouper.

 

 

 

coco de mer plan sonde gevred

 

Pour les pêcheurs français c'est bien Michel Marrec, le découvreur du coco de mer. Mais les Russes affirment que leur palangrier de recherches avaient déjà exploré et découvert cette zone dans les années 61. Puis les palangriers Russes avaient exploité la zone jusqu'en 1971.

Jean-Michel Robert

 

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20 juillet 2020

La tempête de juillet 1961

Première semaine de juillet 1961, c'est un léger tremblement de terre le long des côtes du Portugal, ressenti  jusqu'au large des côtes nord de l'Espagne et dans le golfe de Gascogne, qui attire l'attention. Les cargos annoncent au large vent calme, mais houle forte de S.W.

 

Dès le 10 juillet 1961, la station du Conquet-Radio dans ses émissions rappelle la situation météo, prévisions de vent fort et de forte houle sur le sud Gascogne. C'est la saison du thon et tous les germoniers espagnols et français sont étalés sur plus de 150 milles dans l'Ouest Gascogne et le long des côtes Nord d'Espagne.

Le mardi 11 juillet, la station du Conquet annonce renforcement rapide et important du vent 8 à 9, mer devenant forte à très  forte, houle de S.W.

Tous les bateaux sont surpris par ce brusque changement de temps. D'Espagne, on annonce déjà de gros dégâts. Au large de Santander, le germonier Maria Lori a chaviré. 16 disparus. Puis c'est le santa Lucia avec six hommes. L'Escudia chavire lui aussi. Quatorze marins sur 15 seront récupérés.

Prés d'Aviles, c'est l'Aguila de Mare qui sombre avec ses 13 marins et c'est aussi leTodolos Santos et le Barriola qui disparaissent. Bon nombre de bateaux se sont mis en cap. Les plus importants dégâts seront sur les petites unités espagnoles.  Le bilan sera terrible, puisque soixante-quatre marins espagnols ont péri dans la tempête.

 Sur la côte Atlantique du sud au nord le vent a soufflé à 135 km/h à Arcachon et La Rochelle, 140 à Belle-Ile et Ouessant. A 100 milles dans le nord du port de Gijon en Espagne, le thonier espagnol Padré Mazareno est surpris en ce mercredi matin 12 juillet par une énorme vague qui vient le coffrer par l'arrière, "Salio de la Nada (venue de nulle par)", dira le patron pêcheur. Le bateau à demi immergé flotte, cale fermée. Il garde encore une certaine flottabilité, tout son matériel de pêche a disparu, la passerelle est défoncée.

Dans les parages le Malamok Commandant levasseur  Immatriculé DZ 3943, mais exploité à partir de Concarneau, va apercevoir le bateau espagnol à demi-immergé et récupérer après des difficultés la totalité de l'équipage. Le Cdt Levasseur fait immédiatement route sur Concarneau ou les marins espagnols vont être accueillis au foyer .

 

Commandant Levasseur DZ 3943

  (Photo Rault- Musée de la Pêche / J.M.R)

 Commandant levasseur D Z 3943 Construit en 1957- longueur 23m.

 

Le 14 juillet, la tempête s'est calmée, la mer reste forte, le vent à Arcachon est signalé à 65Km/h. Au large, le Lapérouse CC 3633, un thonier de 23m de l'Armement Aubert-Jan, rentre vers Concarneau avec sa pêche, quand il trouve sur sa route l'épave du Padre Mazarino a demi-immergée et qui présente un fort danger pour la navigation. Les marins bretons réussiront à capeler une remorque sur le Padre et le remorquage va commencer à faible vitesse.

Le dimanche 16 juillet, le convoi fait route et se trouve près de la côte entre Groix et les Glénan quand brusquement la remorque casse. Le thonier espagnol s'enfonce et disparaît. L'épave sera repérée par des fonds de 25m à l'est de la bouée de la basse-jaune au large de l'entrée de l'Aven.

 

La Pérouse C C

 Lapérouse C C 3633- 1957 La Rochelle- longueur 23 m.

 

Le vendredi 21 juillet, la tempête des jours précédents s'est éloignée et calmée, mais maintenant c'est une forte brume qui recouvre tout le sud du Golfe de Gascogne, où les germoniers se sont à nouveau regroupés. Près de la pointe de Cogollo au nord des Asturies, c'est la brume "black" comme disent les marins. Le germonier Yvanna CC 3437 de l'armement Le Ny, en ce vendredi en fin de nuit, vient heurter violement par l'avant une roche. En quelques minutes, le bateau va s'enfoncer et le patron Tocquet n'a que le temps  de lancer un appel vers le Conquet Radio et de tirer des fusées rouges. L'équipage a déjà largué le radeau, " on est monté en pagaille dans le bombard", dira le matelot Armand le Doeuf.

 

A quelques encablures derrière l'Yvanna, l'Amiral Decoux  suit la même route et c'est en apercevant les fusées  rouges qu'il change brusquement de cap lui évitant de venir s'empaler sur les mêmes roches.

C'est lui qui récupérera les naufragés de l'Yvanna qui, deux heures plus tard, seront transférés sur le Ker-Tréguier  (le patron est Pierre Sancéau, du même armement) qui fera route vers Concarneau avec les naufragés.

 

 

Ker Tréguier article du 08-12-1959 (1)

 (Photo O.France)

 Ker Tréguier C C 3739, ici sous immatriculation GV pour bénéficier du droit de pêche à Dakar.

 

 En cette fin de mois de juillet, sur l'ouest de l'atlantique, l'ouragan Anna qualifié de majeur se développe venant frapper les côtes de l'Amérique centrale avec des vents à plus de 200 km/h. De nombreux bateaux sont en difficultés, deux plates-fromes pétrolières sont évacuées.

 

Jean-Michel Robert

 

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26 juin 2020

Le thonier senneur Le Magellan en monnaie d'échange

Fernand de Magellan C C 244206 (1)

 

Dans les années 70, la construction navale française va subir d'importantes modifications. A Saint Malo (35), à la SICCNA, le thonier senneur Fernand de Magellan, en fin de construction, a été livré à ses armateurs. Dans quelques jours, il doit appareiller pour rallier Concarneau, son port d'attache, puis les côtes d'Afrique et les lieux de pêche.

 

Le chantier naval malouin est au bord de la liquidation. Refusant la fermeture de leur entreprise et leur licenciement, les 150 ouvriers vont décider une opération de grande envergure: occuper le thonier senneur qui leur servira de monnaie d'échange. C'est ainsi que le 12 juin 1975, l'équipage déjà à bord est prié de descendre pour laisser la place à un groupe d'occupation. Très organisés, les ouvriers et les syndicats vont se relayer à bord, amarres doublées passerelle levée, garde assurée nuit et jour.

 

Magellan equipage samedi 26-03-1977

Le patron Jean Gourlaouen et les représentants des syndicats du chantier malouin.

 

Ce sera alors l'un des conflits les plus longs de France. Tous les jours, une dizaine d'hommes va stationner à bord du Magellan. On veille car, même la nuit, des actes de sabotage, notamment sur les aussières d'amarrage, ont été constatées. Dans la journée, on attend la visite de commerçants qui ravitaillent en denrées, les cultivateurs avec des légumes et même les marins pêcheurs. Un grand élan de solidarité vient de s'établir.

Un symbole de l'enterrement des emplois, c'est l'inévitable cercueil traîné lors de toute manifestation contre les licenciements. Amarré sur la rampe arrière du senneur, il sera volé. On saura plus tard que le SAC (service d'action civique) n'était pas étranger à cette disparition. Le 7 février 1977, le Président de la République Giscard d'Estaing est en visite à Dinan (22). Les Magellan vont s'infiltrer dans la foule et se poster au premier rang.

En mars 1977 un protocole est signé  et le chantier repris par les Ateliers et Chantier de la Manche.

Le vendredi 25 mars 1977, le bateau peut appareiller après près de deux ans d'occupation.

 

Fernand de Magellan C C 244206 (2)

Le Fernand Magellan à Concarneau (29)

 

Cette longue occupation va laisser de nombreuses séquelles auprès des manifestants et des familles, avec toute une grande satisfaction: l'emploi sera momentanément maintenu. 

Quinze ans après les évènements de Saint-Malo, le Magellan revient à Concarneau pour une refonte. Le bateau vient d'être vendu à un Armement Vénézuélien à Puerto La Cruz. Il se nomme désormais Don Abel.

 

 

DON ABEL-Vénézuéla- ex de MAGELLAN fERNAND

 Le Don Abel à Concarneau.

 

Jean-Michel Robert

 

 

02 juin 2020

L'origine de l'indicatif radio des bateaux sur la passerelle

La tempête de novembre 1954 a fait des victimes. Via radio Conquet, le président local des pêches, le Commandant Perrier appelle les bateaux encore en mer à s'inquiéter des quatre chalutiers dont les autorités sont sans nouvelles: Alain-YvonTourville, Berceau de Moïse et Perle d'Arvor.

 

A Brest, sous l'autorité du Préfet Maritime, il est envisagé de faire des recherches par les avions français et anglais de l'aéronavale. De Plymouth décolle le catalyna piloté par le sergent Pense et de Lann-Bihoué le Lancaster piloté par le commandant Valette. Le 3 décembre 1954, la Préfecture de Brest capte un message entre l'avion Anglais et sa base: Overdue trawler Alain-Yvon located by 50°49 Nord ads 10°06W speed 6 knts to 250".

 

L'information est immédiatement transmise à l'administrateur de Concarneau et au gérant du chalutier. Mais déjà quelques doutes subsistes, la route au 250, la position, la vitesse alors que les conditions de navigation sont encore très difficiles, le vent souffle à 35 nœuds. La mer est forte.

La presse diffuse la nouvelle : L'Alain-Yvon a été retrouvé. Les Anglais ne confirment pas la nouvelle. Cette pinasse de 19 m coque bois immatriculé CC 3131 appartient à l'armement Furic du Guilvinec, mais est exploitée à Concarneau.

Une certaine confusion existe entre les nouvelles données par l'avion anglais et les autorités. Le bateau repéré a une coque claire, alors que l'Alain-Yvon est noir, sans cheminée, l'immatriculation serait 3731. Il va s'avérer que le bateau repéré était l'Eole de Douarnenez qui fait route au 150 (plus plausible que 250) et qui rentrera au port. L'Alain-Yvon sera déclaré perdu corps et biens.

Les avions ratissent un peu à l'aveuglette des surface énormes d'océan avec des difficultés  telles que celle des fréquences radio-avion / bateaux qui ne sont pas les mêmes. Le cloisonnement civil militaire est encore bien ancré, il faut transiter par une station à terre.

Dès la mi-décembre, l'administrateur en chef de l'inscription maritime Maurel et une commission d'experts seront chargés d'une enquête sur les causes de la disparition des chalutiers, des améliorations à apporter aux moyens de sauvetage, de communications et de la sécurité des équipages à bord.

Un constat s'avère : "Les marins ont une mauvaise habitude. Ils tiennent à garder secret leur position à chaluter jusqu'au dernier moment quelque soit le temps jusqu'à la témérité". (Le préfet Maritime).

18 Juillet 1955, alors que la douleur des familles est encore grande, on va rendre hommage à tous les marins, à l’occasion de la fête de la mer créée en 1946. En cette année1955, elle doit revêtir un caractère exceptionnel.

Le Ministre de la marine marchande Paul Antier se déplace à Concarneau. Il embarque avec les autorités sur l'Iris dont lepatron est René Jaffrézic. La bénédiction se fera au large de la tourelle du Cochon par Monseigneur Fauvel, évêque de Quimper et l'évêque de Tahiti Maze, au moment où le Lancaster de Lann-Bihoué lancera une gerbe de fleurs à la mémoire des marins disparus. C'est aussi la première liaison radio sur la même fréquence avion militaire et  bateau civil.

Le Ministre rappellera les nouvelles dispositions en cours : diffusion de bulletins météo spéciaux et élargissement des zones en cas de renforcement important du vent, surveillance accrue de l'état de navigabilité des bateaux sous le contrôle des inspecteurs de la navigation, embarquement de radeaux de survie (une circulaire de mars 55 avait déjà préconisé cette disposition, ce qui avait amené les marins à faire la grève des radeaux).

En quelques  mots assez fermes, le Ministre rappela "la nécessité absolue de bien former les équipages notamment en améliorant les programmes des écoles de pêche, en intégrant des notions de météo et de manœuvres à faire en cas de mauvais temps."

Les leçons de la tempête de 1930 avec de nouveaux bateaux n'avaient pas été toutes comprises.

 

L'indicatif radio sur la passerelle

 

Compte tenu des différents cafouillages reconnus pour déterminer l'identité des bateaux par les avions de recherches, dès fin juillet, une expérience va avoir lieu dont le but est de se rendre compte si l'indicatif radio du bateau inscrit en grosses lettres sur le dessus de la passerelle est bien visible par un avion venant de l'arrière du bateau de pêche.

Le 27 juillet 1955, le chalutier Etoile de l'armement Gautier Patron Louis Péron embarque trois panneaux de toile :

-  Un avec des chiffres blancs sur fond orange

- Un avec des chiffres orange sur fond blanc

- Un avec des chiffres luminescents spécialement étudiés par la société Scotchlite.

page 37 (4)

 

Le Petit Mousse B R 267927- expàloité CCneau (1)

 

Au large de Pen-March', le bateau sera survolé à plusieurs reprises par l'avion à des routes et vitesses différentes. Il en résultera la décision suivante par un décret du 17 mars 1956 qui fera obligation  de peindre : "L'Indicatif radio en lettres rouges ou orange sur fond blanc, au dessus d'une superstructure de telle manière qu'il puisse être lu par un observateur aérien suivant une route parallèle à celle du navire et de même sens".

 

Mis à part quelques modifications techniques, ces dispositions sont toujours  appliquées.

De plus, tous les armements devront fournir au service de sécurité de l'I.M. une photo couleur de chaque chalutier, de profil, vu de bâbord ou tribord et sur laquelle on doit distinguer nettement l'immatriculation sur la coque (Le règlement très précis sur les normes à adopter n'est pas toujours respecté suivant la configuration de l'emplacement).

 

Jean-Michel Robert

 

28 mai 2020

La chronique de Michel Quentel: Trois marins d'un chalutier enlevés par une lame

En mars 1965, depuis plusieurs semaines, la flottille de pêche subit des coups de vent successifs. Ce mercredi 17 mars, les conditions sont particulièrement difficiles à bord du Pierre Yvon (chalutier classique de 31,86 m construit sur les chantiers malouins), de l'armement Goalabré. A la limite du banc de la Petite sole, l'équipage vient juste de rentrer le chalut quand une violente masse d'eau vient s'abattre sur l'arrière du bateau. Il est 10 h 50, le ciel est sombre, il pleut, il fait presque nuit. Trois hommes sont précipités à la mer. Deux réussissent à remonter à bord, le troisième a disparu. Les marins sont abasourdis. Malgré les recherches, Joseph N., 53 ans de Douric ar Zin ne sera pas retrouvé. Le patron Jean Quentel doit se résoudre à informer l'administrateur de Concarneau par radio Conquet. C'est pavillon en berne que le Pierre Yvon rentre au port, attendu par les familles et les autorités portuaires.

MQ Lame

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MQ

 

 

 

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